131. Christianisme et suicide. Le christianisme a fait de l’immense désir de suicide qui régnait au temps de sa naissance le levier même de sa puissance : tandis qu’il interdisait de façon terrible toutes autres formes de suicide, il n’en laissa subsister que deux qu’il revêtit de la suprême dignité et qu’il enveloppa de suprêmes espoirs : le martyre et la lente mise à mort par soi-même de l’ascète. Friedrich Nietzsche, Le gai savoir, 1882, Traduits de l’allemand par Pierre Klossowski, Gallimard, Paris, 1982, p. 151.
Les artistes sont comme les philosophes à cet égard, ils ont souvent une trop petite santé fragile, mais ce n’est pas à cause de leurs maladies ni de leurs névroses, c’est parce qu’ils ont vu dans la vie quelque chose de trop grand pour quiconque, de trop grand pour eux, et qui a mis sur eux la marque discrète de la mort. Mais ce quelque chose est aussi la source ou le souffle qui les font vivre à travers les maladies du vécu (ce que Nietzsche appelle santé). Gilles Deleuze, Felix Guattari, Qu’est-ce que la philosophie?, Les éditions de minuit, Paris, 1991, p. 163